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Une pratique absolument décomplexée des rapports de force brute semble prendre le pas sur une conception plus traditionnelle des relations politiques. L'égoïsme et le court-termisme en parole et en acte semblent devenir légitimes et même, selon certains, recommandables car présumés plus efficaces pour faire avancer une vision ou des intérêts. Cette conception (dont le trumpisme est une manifestation parmi d'autres, bien que plus bruyante) paraît d'ailleurs s'imposer dans le fonctionnement d'une démocratie nationale, sur une scène politique intérieure aussi bien que dans les relations internationales.
A rebours, l'Union Européenne, qui s'est forgée en réaction à l'expérience du totalitarisme, est fondée entre autres sur la culture du compromis, la compréhension et le respect mutuels, la prise en compte du long terme dans l'action publique. En outre, elle porte un projet de société structuré par l'état de droit.
Dans ce contexte, il est légitime de s'interroger sur la place à laquelle l'UE peut prétendre sur la scène internationale : la démocratie européenne dite libérale est-elle en décalage avec son époque, ou devrait-elle au contraire se penser elle-même et se maintenir comme un phare nécessaire dans la tempête populiste et autoritaire qui sévit (ou a sévi) à Washington, Brasilia, Varsovie, Rome, Budapest ou Moscou ? Comment l'UE peut-elle poursuivre son projet pacifique et démocrate contre des vents si contraires ? Les idéaux de l'Union Européenne, notamment en ce qui concerne la lutte contre le dérèglement climatique et les rapports entre individu et collectif, ont-ils un avenir alors que la construction européenne doit progresser dans un contexte national et international qui contredit fortement ses valeurs ? |