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« J'ai voulu les lire, ces feuilles éphémères, ces bulletins militants, ces canards contestataires pour ce qu'ils étaient en leur temps : des opérations d'écriture et de publication, qui constituaient de plein droit des actions politiques, puisant leurs ressources dans un répertoire singulier d'usages, de pratiques et de formes, qui ne sont pas tout à fait étrangers à ce que nous appelons littérature. » Et si les inventions d'écriture, loin d'être l'apanage de la littérature, se trouvaient aussi dans les journaux militants, les feuilles contestataires, les canards contre-culturels ? Et si les « rotatives de la colère » constituaient un laboratoire insoupçonné de pratiques et d'usages de l'écrit ? Il faudrait alors que l'histoire littéraire délaisse la vénération des singularités esthétiques et s'ouvre enfin au régime de collectivité des écritures militantes. C'est le pari critique de cet essai.
L'auteur réussit si bien le geste de "lire le présent entre les lignes du passé", loin du parallélisme historique ou téléologique, qu'on peut aussi y lire un manifeste pour la réappropriation révolutionnaire de la parole publique. Par cette histoire politique et littéraire Jean-François Hamel nous en donne de nombreuses illustrations et ce dans une langue que nous avons rarement le plaisir d'apprécier.
Jean-François Hamel est professeur au département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal. Il est notamment l'auteur de « Camarade Mallarmé. Une politique de la lecture » (Minuit, 2014) et de « Nous sommes tous la pègre. Les années 68 de Blanchot » (Minuit, 2018). De passage en France, il nous fait l'amitié de nous proposer cette rencontre.
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